Socrate, John et le management

« Me dirais-tu bien, Socrate, si le management peut s’enseigner, ou si il ne le peut pas et ne s’acquiert que par la pratique ; ou enfin si il ne dépend ni de la pratique ni de renseignement, et s’il se trouve dans les hommes naturellement, ou de quelque autre manière ? »[1]

Pour moderniser le texte de Platon et lui retrouver toute sa force et sa pertinence il suffisait de remplacer vertu par management. Si le discours sur la vertu a pu être oublié, celui sur le management est tout à fait actuel.


A priori c’est la science qu’on enseigne, il faudrait donc que le management soit une science. Posons-nous la question : qu’est-ce que le management ? La réponse arrive rapidement : L’art de gérer les hommes et les organisations. Nous avons bien dit art et non science. Autrement dit, la question : « le management est-il un art ou une science ? » mérite d’être posée.

Elle n’est d’ailleurs pas sans rappeler le sujet de dissertation de philosophie tout à fait semblable qui pose cette même question au sujet de la politique…

Laissons ce débat passionnant aux bacheliers et limitons-nous à considérer que la politique et le management ont ceci en commun : ils sont un peu des deux. Retournons à notre question du début : le management peut-il s’enseigner ?

Chesterton disait : « pour enseigner les mathématiques à John, il faut d’abord connaître John ». Si cela est vrai pour les mathématiques, combien plus cela le sera pour le management. La composante humaine est importante dès que l’on parle de pédagogie, mais elle l’est encore plus lorsqu’il s’agit de management.

A vrai dire, pour enseigner le management à John il faut non seulement le connaître lui, mais aussi s’assurer qu’il se connaisse lui-même. « Connais-toi toi-même » nous rappelle notre cher Socrate. Se connaître soi-même n’est pas tout à fait évident. Si c’était si naturel, on aurait écrit autre chose sur le fronton du temple de Delphes[2].

L’étape suivante pour être un bon manager est de s’accepter tel que l’on est. Jouer un rôle qui ne nous correspond pas, c’est foncer droit dans le mur.
Enfin se dépasser. Cela n’est possible qu’une fois que l’on a franchi les étapes précédentes. Se dépasser c’est savoir écouter et comprendre les autres, savoir s’ouvrir à leur vision du monde.

On pourrait discourir longuement sur ce sujet, mais concluons en considérant que si John demandait à Socrate « le management peut-il s’enseigner ? », il lui répondrait sans doute : « connais-toi, accepte-toi et dépasse-toi ».

[1] Platon, Ménon ou De la vertu, traduction Victor Cousin. Le texte original utilise le mot « vertu » au lieu de « management »
[2] « Connais-toi toi-même » était inscrit à l’entrée du temple de Delphes

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